24 novembre 2007
walt disney night fever
Nous voilà donc officiellement en hiver, et qui dit hiver dit Noël. Ben, oui, une fois qu'Halloween est passé, tu crois quand même pas que l'économie va attendre sagement pendant 2 longs mois qu'une autre fête nous pousse à consommer. Dans la foulée, on enchaîne donc sur Noël. C'est vrai, y'a déjà quelques temps que j'ai vu la première pub spécial Noël, à la téloche. Et petit à petit, vicieusement, inexorablement, imperceptiblement, tu te rends compte qu'il y en a de plus en plus, du Noël, des chocolats au supermarché, des promos spécial Noël, des articles sur Noël dans les blogs, des menus de Noël dans les magazines, des musiques de Noël à la radio, les gens qui commencent à parler vacances de Noël... Pourtant, tu notes qu'on est seulement en novembre. Mais tant pis, je me lance dans mon billet Noël, moi aussi. Bon, ce sera peut-être pas le seul, parce que j'ai des comptes à régler avec le Père Noël, mais dans l'immédiat, ce n'est pas l'objet de mon propos.
C'est vraiment bizarre, comment les gens sont à Noël… je pige pas. Tiens, rien que ma voisine de palier… Tous les ans, elle décore sa porte, côté palier évidemment, de novembre à février… je dois admettre qu'à défaut d'être beau, ça a au moins le mérite d'être drôle ; quand je dis drôle, je veux vraiment dire grotesque. Sa porte, c'est Walt Disney Night Fever… ça brille de partout, c'est recouvert d'un papier doré à étoiles rouges, avec des guirlandes bleues et argentées, et des banderoles rouges et vertes en feutrine qui disent "Joyeux Noël", parsemées de paillettes, de bonshommes de neige et de pères noëls. C'est… artistique tellement ça oscille entre le baroque et le folklore ; c'est tragique, tellement ça allie le grandiose et le pathétique. Le Geek dit qu'elle fait ça pour sa fille, mais bon, sa fille, elle a au moins 16 ans... ce qui, je te l'accorde, n'empêche pas d'avoir des goûts de chiottes, nous sommes bien d'accord, cher blogpotàouam.
Et puis, je comprends qu'on ait envie de décorer chez soi pendant les fêtes ; moi-même je le fais, je suis comme une gamine quand il s'agit de faire le sapin ; mais déjà, je tiens à affirmer au passage que c'est pas parce qu'on fait des décos de Noël qu'on n'a pas le droit de le faire avec un peu de goût, faut arrêter de déconner cinq minutes ! Et ensuite, entre décorer ton intérieur et en faire profiter tout le palier, y'a de la marge, quand même (ouais, paske si ta déco est moche chez toi, je m'en balance, alors que si je l'ai sous le nez tous les jours, ça agresse mes petits yeux sensibles à la beauté).
Et je parle même pas d'illuminer la rue entière en transformant son balcon en casino de Las Vegas... Ca, c'est ce que fait un autre voisin (entre autres, parce qu'ils sont nombreux, les lasvegassiens, dans ma résidence). Elle a trouvé un allié de palier, la mémère, depuis 2 ans. Par contre, la porte du voisin, c'est plutôt le trip : petits angelots roses et blancs... JC Superstar et la Sainte Vierge descendus sur Terre… Ca fait un mélange détonant avec son casino lasvegassien sur le balcon. Tu me diras, ça va ensemble, le gigantisme clignotant et le puritanisme des faux bons sentiments ; c'est très américain, d'ailleurs. Ce qui nous ramène à Walt Disney.
Quand je regarde autour de moi, je m'aperçois qu'en fait, à Noël, c'est PARTOUT Walt Disney Night Fever… C'est vrai, y'a des papiers dorés dans les magasins, y'a des étoiles argentées sur les emballages des jouets, y'a des ampoules multicolores dans les rues, des guirlandes à paillettes dans les arbres, des dessins en fausse neige sur les fenêtres des maisons… Et puis, y'a plein de monde dans les magasins, dans les rues, partout !
Paradoxalement, les gens, à Noël, peuvent passer du dégoulinage chamallow des bons sentiments à la barbarie sauvage de cro-magnon en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Ils sont tous prêts à se battre pour une place de parking, ou pour un truc soi-disant décoratif mais réellement hideux parce qu'à Noël, les gens perdent non seulement la notion de la mesure, mais aussi celle du goût. Par contre, ils manient tous l'art oratoire et l'argumentation comme si le sort du monde dépendait de cette place de parking ou de cette boule qui fait de la neige quand on la secoue. En fait, oui, le sort du monde en dépend… le sort du petit monde de chacun. Noël, c'est sacré ! Et dans la société individualiste et égocentrique qui est la nôtre, chacun se croit plus en droit que son voisin de passer avant les autres.
Du coup, Walt Disney Night Fever, c'est la loi de la jungle ; premier arrivé, premier servi, et celui qui tente de me la faire à l'envers, je lui arrache les yeux… C'est en gros le comportement dominant qu'on peut observer lors des courses de Noël. Et plus on approche de la date fatidique, plus on remonte dans l'histoire de l'humanité. T'as déjà fait tes courses de Noël un 23 décembre ? Mais nan, je me doute bien que t'es plus malin que ça, blogpotàouam. Sauf que ça m'est arrivé et que mon intelligence reste au-dessus de tout soupçon.
Alors, tu brûles d'impatience de savoir pourquoi j'ai pas fait mes courses avant… ben, j'aurais bien aimé, mais en fait, c'est pas moi qui suis habilitée à prendre ce genre de décision, c'est mon compte en banque. Cette année-là, j'avais toujours pas un rond le 22 au soir ; c'est le 23 que mon patron et le service des bourses de la fac ont décidé de me payer. La bonne blague ! Je me souviendrai toute ma vie que ce jour-là, j'ai failli mourir prématurément de toutes les manières possibles et imaginables ; asphyxiée par l'odeur de fauve de la foule en transe ; piétinée par une meute écumante et sauvage ; étripée par une grognasse qui est arrivée deux secondes après moi pour faire la queue et qui espérait bien me passer devant… entre autres supplices que j'ai dû subir et en faisant abstraction du fait que j'ai dépensé la quasi-totalité de mon salaire du mois et des 3 mois de bourse que j'avais touchés le matin même.
Bref, la période des fêtes de fin d'années, je me demande si c'est vraiment Walt Disney Night Fever, ou si c'est pas plutôt l'Âge de Pierre. Et dire que les soldes commencent pas longtemps après. Moi, je renonce ; j'aime déjà pas le shopping en temps normal, alors, les soldes, très peu pour moi… ou alors à 10h du matin… et encore… Mais les soldes, au moins, ça a le mérite d'être clair, c'est moi d'abord dans la jungle aux premiers âges de l'humanité. Alors que Noël, comme je le disais tout à l'heure, c'est la loi de la jungle sous les bons sentiments, la barbarie déguisée en chamallow. Et puis, y'a autre chose qui me dérange dans les fêtes de Noël, c'est que tout cet étalage de cadeaux, de paillettes et de lumières clignotantes, c'est une provocation et une torture envers les plus démunis.
Je ne suis pas ce qu'on peut appeler pauvre, mais je roule pas sur l'or non plus ; et quand j'ai pas un budget suffisant pour offrir ce que je voudrais aux gens que j'aime, c'est déjà un dilemme. Alors, ceux qui n'ont pas de budget du tout, comment ils voient tout ça ? Parce que, pour ceux-là, les factures, les impôts, l'estomac des enfants et le coût de la vie en général ne font pas de cadeau. Pas de pause, sous prétexte que c'est Noël ; pas de bons sentiments américains, pas de Disney-isme sous prétexte que c'est Noël.
Pour la masse moyenne (et je ne parle même pas de ceux pour qui l'argent n'est jamais un problème), les fêtes de fin d'année, c'est un moment exceptionnel, un instant de plaisir à savourer en famille. Mais pour les autres, les démunis et les exclus, Noël, ça n'a rien d'exceptionnel, et au-delà du plaisir de se retrouver en famille (d'ailleurs, c'est marrant, mais en général, la "famille" pense moins à toi quand t'as pas de fric...), les problèmes restent les mêmes. Pour eux, la vie quotidienne, c'est déjà une lutte barbare et usante, et Noël ne fait que rendre encore plus cuisante la conscience de la difficulté de la vie et du manque matériel. Quand on doit déjà choisir entre payer la facture d'électricité ou celle de téléphone, ou pire, quand on se demande sur quel banc on va pouvoir dormir ce soir, tout ce matraquage d'étincelles et de sourires dégoulinants de satisfaction, ça peut être vécu comme une véritable agression.
J'aime Noël pour le moment que je passe avec mes proches, pour les sourires quand ils déballent leurs cadeaux, pour les petits plats qu'on met dans les grands et pour les petits verres qu'on boit en se marrant... mais je n'aime pas Noël pour l'exclusion renforcée que ça représente pour certains ; pour l'individualisme que ça engendre sous des apparences d'union et de communion ; pour le visage normatif que ça présente d'une société qui laisse de côté, plus que d'habitude, plus que jamais, ceux qui, pour des raisons matérielles, ne peuvent pas savourer ce moment particulier en toute sérénité.
jardin public
Bon, ça y est blogpotàouam, c'est le moment où tout bascule. C'est officiel, c'est l'hiver. Il fait froid. Mais aujourd'hui, il fait beau. Moi, je suis définitivement une summer addict, mais y'a un truc que je kiffe vraiment, en hiver, c'est quand il fait beau. J'adore faire des balades en forêt quand il fait beau et qu'il fait froid... oui, bon, j'aime aussi quand il fait chaud, mais là, on parle de l'hiver (faut suivre, nom d'un petit bonhomme, parce que je vais pas m'interrompre à chaque phrase, j'aime autant te prévenir tout de suite...) ; donc je kiffe les jours d'hiver ensoleillés. Et même encore mieux : les jours d'hiver enneigés et ensoleillés (sauf en ville, parce qu'en ville, la neige, ça tient mal, et ça devient tout de suite une espèce de gadoue immonde où cohabitent joyeusement neige, terre, flotte, merdes de chiens, et j'en passe) ; bon, mettons qu'on parle dans l'absolu. Et de toute façon, c'est pas grave, tout va bien tant que je me comprends...
Les balades en forêt, c'est une vraie drogue, pour moi. D'ailleurs, depuis quelques temps, ça me manque... Ben, ouais, parce que figure-toi que depuis que j'ai lâché les commandes de la maison, plus rien ne se fait. Et oui, vu que le Geek ne fait rien (ou presque), forcément, ça risque pas de se faire tout seul... Ca fait donc un bon mois que le ménage n'est plus jamais fait, que l'évier est toujours plein, que le linge et le courrier réussissent à s'accumuler en s'éparpillant un peu partout, qu'on mange n'importe quoi à n'importe quelle heure, et que bien sûr, on ne fait plus la balade au bois du dimanche matin, rituel qui était devenu incontournable depuis l'automne 2006 ; enfin, avant aussi, j'ai eu des périodes où j'allais en forêt, mais pas aussi régulièrement ; là, ça faisait un an qu'on y allait tous les dimanches sans exception (avec un mois de pause quand même après mon accouchement)... et franchement, je kiffe, ça fait un bien fou. Et ben, même ça, on le fait plus. Enfin, pour être plus précise, disons que les rares fois où on l'a faite depuis un mois ou deux, ça m'a tellement fait chier d'être avec le Geek en tête-à-tête, que j'arrivais même pas à en profiter. Bref, passons.
J'adore les balades en forêt, parce que ça me rappelle mon enfance. Ca a ptèt' l'air très cucu-la-praline, ce que je te dis là, mais attends de savoir la suite, parce que les paroles changent un peu. Quand j'étais gamine, ma mère m'a traînée partout avec elle ; ben, oui, elle avait pas de thunes, elle avait pas de famille assez proche et assez digne de confiance pour me confier, et puis elle me traînait partout avec elle parce que c'était comme ça, voilà, et ça me convenait très bien. Ma mère bougeait pas mal, dans sa jeunesse, que ce soit chez les potes, en concert, ou en week-end dès que l'occasion se présentait. On partait en week-end dans des coins super reculés (style les montagnes en Ariège), squatter chez les copains, dans une vieille coccinelle avec la langue des Stones peinte en gros sur le capot (remplacée ensuite par une 4L sans banquette arrière où on trimballait toute la bande de potes).
Ils étaient tous un peu rebelles, un peu anars, un peu hippies, un peu rock'n'roll ; c'était fin 70 - début 80, donc y'avait ceux qui vivaient dans leurs fermes sans eau ni électricité en Ariège, y'avait ceux qui avaient la coupe afro, y'avaient ceux qui avaient les cheveux longs, ceux qui avaient le blouson de cuir et les tiags, et puis y'avait ceux qui mélangeaient plein de styles ; y'avait des caricatures, et des inclassables. Et tout ce beau monde, évidemment, s'enfilait des drogues à qui mieux-mieux (c'était l'époque, en même temps...) chacun suivant ses goûts. J'ai vu tourner des joints dans les tipis en Ariège, j'ai vu je-ne-sais combien de bières vidées au bistrot devant des parties de 4-21 interminables, j'ai vu sniffer des lignes sur les tables basses des salons ou sur les tables hautes des cuisines, et j'ai vu chauffer des cuillères et remplir des seringues derrière des portes entrebâillées.
Ah, non, hein ! Tu me fais pas ce coup-là, s'te plaît... Non, non, non, c'est niet, c'est catégorique ! Tu peux remballer tes kleenex et tes violons, c'était carrément pas le but de la manoeuvre... Tu te dis que ça m'a traumatisée ? Pas plus que d'autres ; chacun ses névroses, et à chacun de les surmonter comme il peut. Pour la psychanalyse du dimanche, déjà, on est samedi, et je suis la seule à pouvoir décréter qui peut la faire sur mon blog et quand ! Et je décrète que je suis la seule habilitée à opérer dans cette région d'une sensibilité hors-normes et d'une indicible complexité ! Alors, pour commencer, bien sûr que ça m'a pas fait plaisir de réaliser tout ça, j'ai pas bondi de joie en criant "youpi ! M'man et Loulou prennent de la dope avec leurs potes !"...
Mais faut pas dramatiser, j'ai eu une super enfance, malgré les aléas de la vie ; j'étais une enfant de l'amour, j'étais douée à l'école, j'étais la prunelle des yeux de M'man (et de Loulou), j'ai toujours eu à manger dans mon assiette et (presque) toujours un toit sur la tête, je suis souvent partie en colo, donc en vacances, j'ai eu la chance de faire du piano, de la danse, du chant, plein d'activités, j'ai vécu des moments vraiment magiques, et quand j'ai compris ce qui se tramait entre les grands, j'ai juste réalisé que la vie n'était pas un conte de fées. C'est sûrement pour ça que j'ai toujours recherché l'évasion dans l'imaginaire, d'ailleurs...
Et puis, j'ai compris aussi que les drogues (dures, en tout cas), c'était pas pour moi. Ouais, c'est vrai, je fume des pétards, et je suis une fumeuse régulière, même. J'aime bien picoler à l'occasion, et pourquoi pas une petite infusion de champis... Mais déjà, tout ce qui est chimique, ça me tente pas. Et pour ce qui est des drogues dures, en particulier l'héro, j'ai vu de trop près les ravages que ça peut causer, donc très peu pour moi. La coke, je dis pas, ptèt' bien qu'un jour si j'ai l'occaz'... Enfin, pour l'instant, je me contente de mes kékés (oui, je sais que ça veut aussi dire autre chose, mais pour moi, kéké = pétard), et ça me va très bien comme ça.
Bref, fin du quart d'heure psycho. Pour revenir à mon sujet de base, qui était : les promenades en forêt de mon enfance, sache que j'ai kiffé ces moments-là, où on se faisait des cabanes d'indiens dans les bois, ou des batailles de boules de neige, où on... enfin, où je grimpais aux arbres, où je courais partout pour essayer d'échapper à Loulou qui me pourchassait, où je lui sautais sur le dos quand j'en avais marre de courir, où on avait tous les trois des Santiags aux pieds, qu'on chantait Renaud ou Téléphone sur la route du retour, qu'en rentrant, on se faisait des crêpes à la confiotte, ou du gâteau au yaourt, et du chocolat chaud à la cannelle, et qu'après, souvent, on lisait des BD...
Voilà, c'est tout ça que ça me rappelle, les belles journées d'hiver, et va pas croire que ça me rend nostalgique, ça me rend joyeuse, au contraire. Et oui, tu as raison de le faire remarquer, c'était juste pour te raconter ça, que je t'ai fait tout ce speech (en même temps, tu commences à être habitué, maintenant...) ; c'était juste pour faire l'apologie des jours d'hiver ensoleillés que j'ai ouvert au public certains petits bouts de mon jardin secret, avec visite guidée à l'oeil, s'il te plaît, je me permets de le souligner !!!
Maintenant, ce que j'aime me faire, les dimanche après-midi d'hiver, c'est plus du chocolat à la cannelle, c'est du thé à la bergamote. Pour celui qui serait toujours pas allé se documenter depuis le temps que j'en parle, c'est pas sérieux, tout ça, mais je vais t'expliquer quand même parce que je suis super sympa, comme nana ; le thé à la bergamote, c'est le thé Earl Grey. Personnellement, celui que je bois, c'est le Twinings... Nan, personne me paie pour faire de la pub, je suis pas comme ça, moi, je suis pas à vendre... Fuck the system ! Ouais, m'sieur ! Farpaitement ! Je vis selon ma conscience, et figure-toi que je leur fais de la pub gratos... Si, si... Trève de plaisanterie, c'est pas pour faire de la pub, c'est parce que c'est réellement celui-là que je préfère. Et donc, comme je te l'ai déjà dit, j'aime le boire avec du miel et du lait, et manger des Bastogne que je trempe dedans.
Mais bon, ça c'est encore une autre histoire, et là, j'en ai marre d'écrire, donc on verra ça à la prochaine journée portes ouvertes de mon jardin secret. En attendant, essaie le thé Earl Grey (Twinings, c'est vachement important, parce qu'il a carrément pas le même goût suivant les marques) avec du miel, du lait, et des Bastogne, fais-moi confiance ; tu vas découvrir l'orgasme culinaire...
